Haïti-Diplomatie

l'envoyé spécial des Etats-Unis démissionne, Washington tente de tourner la page

Haïti-Diplomatie:
l’envoyé spécial des Etats-Unis démissionne, Washington tente de tourner la page
L’envoyé spécial des Etats-Unis en Haïti, Daniel Foote, a claqué la porte, mercredi, seulement deux mois après sa prise de fonction. Le diplomate, dans une correspondance adressée au chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, a fait part de ses profonds désaccords avec la politique de Washington envers Haïti.

«Avec une profonde déception et des excuses à ceux qui recherchent des changements cruciaux, je démissionne de mon poste d’envoyé spécial pour Haïti, avec effet immédiat. Je ne serai pas associé à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d’expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d’immigrants illégaux vers Haïti, un pays où les responsables américains sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger que représentent les gangs armés contrôlant la vie quotidienne », a écrit M. Foote dans sa lettre de démission.

«Mes recommandations ont été ignorées et rejetées, lorsqu’elles n’ont pas été modifiées pour projeter un récit différent du mien », a dénoncé l’ambassadeur Foote qui a mal digéré la prise de position des principales ambassades à Port-au-Prince, notamment celle des Etats-Unis. «La semaine dernière, les ambassades des États-Unis et d’autres pays ont publié une autre déclaration publique de soutien au Premier ministre de facto non élu, le Dr Ariel Henry, en tant que chef par intérim d’Haïti, et ont continué à vanter son « accord politique » au détriment d’un autre accord plus large et antérieur dirigé par la société civile. L’orgueil qui nous fait croire que nous devrions – encore une fois – choisir le gagnant est impressionnant. Ce cycle d’interventions politiques internationales en Haïti aura des conséquences désastreuses non seulement en Haïti, mais aux États-Unis et chez nos voisins de l’hémisphère».

Washington sur la défensive
Les autorités américaines ont vite réagi sur la démission de leur envoyé spécial pour Haïti. La numéro deux du département d’Etat, Wendy Sherman, a rejeté les critiques de l’émissaire Foote, qui a ouvertement exprimé ses desaccords avec la politique des Etats-Unis envers Haïti, notamment en ce qui concerne le traitement inhumain infligé aux migrants haïtiens à la frontière Sud des Etats-Unis.
«Vous savez, l’une des idées de M. Foote était de renvoyer l’armée américaine en Haïti. J’ai suivi Haïti depuis l’administration Clinton, et je peux vous dire que l’envoi de l’armée américaine en Haïti n’est pas la réponse qui résoudra la terrible situation à laquelle le peuple haïtien est actuellement confronté. C’était juste une mauvaise idée», a déclaré Mme Sherman au journal américain Miami Herald.
«Certaines de ces propositions ont été préjudiciables à notre engagement à promouvoir la démocratie en Haïti et à organiser des élections libres et équitables en Haïti afin que le peuple haïtien puisse choisir son propre avenir. Pour lui, dire que les propositions ont été ignorées était, je suis triste de le dire, tout simplement faux », a réagi Sherman.

Daniel Foote avait été nommé envoyé spécial en Haïti après l’assassinat de l’ex président Jovenel Moïse. Il a remis sa démission deux mois après sa prise de fonction. Une mission américaine de haut niveau est attendue la semaine prochaine en Haïti pour une évaluation de la situation.

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